Ressentiment (nom masculin, subst. masculin)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Nom masculin 

Faible atteinte, faible renouvellement d'un mal qu'on a eu, d'une douleur qu'on a ressentie. "Il n'est pas encore délivré de sa fièvre, il en a quelques s. Il vient d'avoir encore un léger de sa goutte." Il vieillit en ce sens.
Il désigne figurément le Souvenir qu'on garde des injures, avec désir de s'en venger. "Il conserve un vif de l'offense qu'il a reçue. Son éclatera quelque jour. En le voyant, il ne put cacher, dissimuler son . Il a étouffé son . Je vous sacrifie tous mes s. Modérez votre ."



Dictionnaire d'Emile Littré

Subst. masculin 



 1   Action de ressentir.
PASC.: « Ils [les hommes] ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et l'occupation au dehors, qui vient du de leurs misères continuelles »

 2   Particulièrement. Faible renouvellement d'un mal, d'une douleur.
SÉV.: « Je vous ai dit la vérité quand je vous ai assurée que je n'avais eu aucun de néphrétique »
VAUVENARGUES.: « Ces s de folie sont sans conséquence »
    Il se dit, dans un sens analogue, de souffrances morales.
PASC.: « Ce n'est pas que je souhaite que vous soyez sans [de la mort de Pascal le père] ; le coup est trop sensible »
FÉN.: « Solon fut touché d'un [douleur de la mort de son fils] si vif et si cuisant qu'il commença à déchirer ses habits »

 3   Souvenir d'une action morale dont nous avons été l'objet.
CORN.: « Dieux, garants de la foi que Jason m'a donnée.... S'il me peut aujourd'hui chasser impunément, Vous êtes sans pouvoir ou sans »
    Autrefois, sentiment de reconnaissance, souvenir reconnaissant (ce sens a vieilli, mais, bien placé, il pourrait encore être employé).
VOIT.: « Un acte par lequel je pusse témoigner à tout le monde et la grâce que vous m'avez faite, et le avec lequel je l'ai reçue »
SCARR.: « Je me trouve bien embarrassé dans la pensée que j'ai, que, si je ne remercie pas M. le procureur général autant que mon me le conseille, il ne me soupçonne de n'en avoir guère ; et, si je le remercie autant que j'en ai envie, qu'il ne croie que j'ai l'âme fort intéressée »
MOL.: « Madame, je viens.... vous témoigner avec mes transports le où je suis des bontés surprenantes.... »
BOSSUET: « L'honneur imprévu de votre présence [le maréchal Schomberg] est pour moi une rencontre si favorable, que je ne puis vous en dissimuler mon »
RAC.: « Tandis qu'autour de moi votre cour assemblée Retentit des bienfaits dont vous m'avez comblée, Est-il juste, seigneur, que seule, en ce moment, Je demeure sans voix et sans ? »
DELILLE: « Gardant du bienfait seul le doux »
    Aujourd'hui, souvenir d'une injure avec désir de s'en venger.
VAUGEL.: « Ils ne montrèrent aucun de la mort de leurs compagnons »
CORN.: « Noirs enfants du dépit, ennemis de ma gloire, Tristes s, je ne veux plus vous croire »
FLÉCH.: « Elle a toujours sacrifié ses s, et n'a jamais voulu nuire, non pas même à ceux qu'elle pouvait croire ses ennemis, ou, pour mieux dire, ses envieux »
RAC.: « Tandis.... Que vos s se perdront en discours, Il n'en faut point douter, vous vous plaindrez toujours »
FÉN.: « Il [Phalante] conservait un de tout ce qui s'était passé entre Télémaque et Hippias »
D'OLIVET: « Ressentiment n'est plus employé que pour exprimer le souvenir des outrages, et non celui des bienfaits »
VOLT.: « Un injure blesse, et le est la blessure même »

HISTORIQUE
    XVIème siècle
MONT.: « [Gallion s'amusait en exil] ils le rappelerent pour accommoder leur punition à son »
MONT.: « Ce bien vif qui est naturellement en moi [de la poésie] »
MONT.: « Offenser un homme sans sentiment [mort] plus tost que d'encourir le hazard de son »

ÉTYMOLOGIE
    Voy. RESSENTIR.


Signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Faible attaque, faible renouvellement d'un mal qu'on a eu, d'une douleur qu'on a ressentie. "Il n'est pas encore délivré de sa fièvre, il en a quelques s. Il vient d'avoir encore un léger de sa colique, de sa goutte."
Il signifie, au sens moral, Le souvenir qu'on garde des injures, avec désir de s'en venger. "On lui a fait une cruelle injure, il ne pourra contenir son . Il conserve un vif de l'offense qu'il a reçue. Son éclatera quelque jour. En le voyant, il ne put cacher, dissimuler son . Il a étouffé son . Il sacrifia son à son ami. Je vous sacrifie tous mes s. Modérez votre ."



Ancienne définition de 1798 (Académie Française)



Foible attaque, foible renouvellement d'un mal qu'on a eu, d'une douleur qu'on a eue. "Il n'est pas encore bien guéri de sa fièvre quarte, il en a quelques ressentimens. Il a encore eu un léger de sa colique, de sa goutte".
Il signifioit autrefois, Le souvenir qu'on garde des bienfaits ou des injures, et il ne se dit plus guère qu'en parlant Des injures. "On lui a fait une cruelle injure, il en fera paroître son . Il conserve un vif de l'offense qu'il a reçue". Lorsqu'on l'emploie absolument, il signifie toujours, Souvenir des injures, et désir de vengeance. "Son éclatera quelque jour. En le voyant il ne put dissimuler son . Il sacrifia son à son ami." Dans cette dernière acception il a un pluriel. "Je vous sacrifie tous mes ressentimens".



Signification éditée en 1762 (dictionnaire de l'Académie Française)



Foible attaque, foible renouvellement d'un mal qu'on a eu, d'une douleur qu'on a eue. "Il n'est pas encore bien guéri de sa fièvre quarte, il en a quelques ressentimens. Il a encore eu un léger de sa colique, de sa goutte."
Il signifie aussi, Le souvenir qu'on garde des bienfaits ou des injures. "J'ai tout le que je dois des services que vous m'avez rendus. On lui a fait une cruelle injure, il en fera paroître son ." Il ne se dit guère qu'en parlant Des injures. "Il conserve un vif de l'offense qu'il a reçue." Lorsqu'on l'emploie absolument, il signifie toujours, Souvenir des injures, & désir de vengeance. "Son éclatera quelque jour. En le voyant il ne put dissimuler son . Il sacrifia son à son ami." Dans cette dernière acception il a un pluriel. "Je vous sacrifie tous mes ressentimens."



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Subst. masculin 

RESSENTIR, v. act. ["Re-santiman", "ti": 1re "e" muet, 2e lon.] "Ressentir" a le même sens que "sentir", mais un sens plus fort. Il ne se dit que de la douleur et de la joie. 'Il "a ressenti de" furieûses douleurs de colique. 'J'"ai ressenti un" grand plaisir, "une" vive joie de votre retour. = "Ressentir" vivement "la" perte d'un ami, "une" injûre, "les" obligations qu'on a, "etc."
   "Ce qu'"on ne "ressent" point, ne s'imagine pas.
       La Chaussée.
"sentir" aurait été plus propre";" "ce qu'on ne sent point:" mais il aurait manqué une syllabe. = "Se ressentir" signifie aussi, "avoir du de", etc. 'Les Anglais prirent et pillèrent Surate, sans que la Cour, aussi imbécile que pompeuse du Grand-Mogol, parut "se ressentir de" cet outrage. "Volt." Voy. plus bâs "Rem." I. = "Se ressentir", c'est sentir quelque reste d'un mal qu'on a eu. 'Il "se ressent" encôre "des" accês de fièvre qu'il a eu si longtemps. 'Il "se ressentira" toute sa vie "des" débauches de sa jeunesse. 'Ce peuple "se ressent" encôre "des" horreurs d'une si longue guerre~. 'Cet homme "se ressent de" la mauvaise éducation qu'on lui a donée. 'Cette lettre "se ressent du" mouvement et "de" l'embarras du voyage. "Cic." à "Atticus". MONGAULT.
   "Rem." "Ressentir" ne régit point les verbes. On ne dirait pas aujourd'hui d'aprês "Bossuet": 'On voit comment ils "ressentoient qu'il faut" s'unir au corps de l' Église. On dirait, "ils sentoient que", etc.
   RESSENTIMENT, est 1°. faible renouvellement d'un mal, d'une douleur. 'Il a encôre "un" léger " de" sa colique, "de" sa goutte: il "en" a "quelques ressentimens".
- 2°. Souvenir des injûres, et desir de vengeance. 'Il en a fait paraitre "un" vif "ressentiment". '"Son " a éclaté.
- 3°. Il s'est dit aûtrefois pour "reconaissance". 'Pour vous marquer le "ressentiment" que j'ai "de" votre générosité. Mde "Dacier".
   La fortune, dit-il, à tes voeux asservie,
   Pour tout " de" ses dons éclatans,
   T'en veut voir seulement accepter de plus grands.
       Brebeuf.
L'"Acad." dans la dern. édit. définit "Ressentiment", souvenir qu'on garde "des bienfaits" ou "des injûres", et elle done cet exemple. '"J'ai" tout "le " que je dois "des services", que vous m'avez rendus. Mais elle ajoute plus bâs qu'il ne se dit guère qu'en parlant des injûres. = "Racine" l'emploie dans le sens de "sentiment", au propre.
   Je demeure sans voix et sans "ressentiment".
       Bérénice.
'Ce mot "Ressentiment", dit "Voltaire", dans son comentaire sur le Théâtre du grand Corneille, est le seul employé par "Racine", qui ait été hors d'usage depuis lui. "Ressentiment" n'est plus employé que pour exprimer le souvenir des outrages, et non celui des bienfaits.
   "Rem." 1°. "Ressentir", "se ressentir" ("Synon.") Quoique ces deux mots paraissent semblables, ils ne le sont pourtant pas tout-à-fait. "Ressentir" se prend en bone et en mauvaise~ part. On dit: je "ressens le plaisir" qu'il m'a fait, l'"injûre" qu'il m'a faite. "Se ressentir" ne se prend qu'en mauvaise part. On ne dit pas, je "me ressens du plaisir" qu'il m'a fait: on dit seulement, je "me ressens", ou, je "me ressentirai de l'injustice" qu'il m'a faite. = "Ressentir" marque plus le tems présent. On dit à une persone, dont on reçoit un plaisir: je "ressens", comme je dois, "le plaisir" que vous me faites. "Se ressentir" n'est pas si ataché au tems présent. 'Il m'a fait "aûtrefois" un déplaisir: je "m'en ressens" encôre. = "Je ressens" ne signifie guère qu'un mouvement qui pâsse: je "m'en ressens" signifie quelque chôse de plus établi dans le coeur. = On dit, dans le sens oposé: il m'a fait un mauvais tour, mais il "s'en ressentira"; il en sera puni; je m'en vengerai. = "Doner ses ressentimens à" quelqu'un, pour dire, "les lui sacrifier", est un latinisme, employé par des Historiens français du Peuple Romain. Voy. DONER "Rem." n°. 3°.
- L'"Acad." dit "sacrifier"; et M. l'Ab. "de Mongault" dans la Traduction des lettres de "Cicéron" à "Atticus".



Signification éditée en 1694 (selon l'Académie Française)

Subst. masculin 


Sentiment d'un mal qu'on a eu. "Il n'est pas encore bien gueri de sa fievre quarte, il en a quelques s".
Il signifie aussi, Le souvenir qu'on garde des bienfaits, ou des injures. "Je vous ay tant d'obligations, que je ne sçaurois jamais vous en tesmoigner assez mon ressentiment. j'en ay tout le que je dois. il est fort offensé, il en fera paroistre son ". Lors qu'on l'employe absolument, il signifie Souvenir des injures, & desir de vengeance. "Son esclatera quelque jour. je vous prie de me sacrifier vostre ".




Emplacement dans le dictionnaire :

ressauté
resséant
ressemblance
ressemblant
ressembler
ressemé
ressemelé
ressemeler
ressenti

ressentir
resserré
resserre
resserrer
ressort
ressorti
ressortir
ressortissant
ressource
ressusciter
restant




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean JAURÈS (Études socialistes)

...tour. Encore une fois, ces contradictions n'excusent pas l'attitude des radicaux lillois, qui, eux, ont commis la contradiction suprême : celle d'affirmer la république, et de la livrer ensuite, en ressentiment de quelques outrages électoraux, les plus vains de tous. Mais je dis que les effets déconcertants de ces conceptions contradictoires du parti ouvrier français iront s'aggravant. Je dis que la classe...


Citation n°2 de François PONSARD (Lucrèce)

...commis quelque indigne action, je chargerais mon bras de ma punition ; j'expîrais mon forfait par un fier sacrifice, plus grand, dans sa rigueur, que toute autre justice ; je voudrais défier aucun ressentiment d'oser plus loin que moi pousser mon châtiment ; je voudrais, dût la mort être mon seul refuge, cacher le criminel dans la gloire du juge. (reprenant son attitude accoutumée.) voilà ce que j'avais...


Citation n°3 de Frédéric SOULIÉ (Les Mémoires du diable)

...sans nom, car lorsque le malheur vint m'en arracher, je n'aurais pu dire ce qui s'était passé ; je n'aurais pu préciser une seule circonstance de ces jours si pleins ; j'en éprouvais seulement un ressentiment qui avait sa joie douloureuse. Mon coeur était rompu de la céleste étreinte qui l'avait tenu si longtemps. Il me semblait, lorsque je revins à la vie ordinaire, que si cet état eût duré plus...


Citation n°4 de Alphonse KARR (Sous les tilleuls)

...dans ses yeux ; mais les corollaires que son oncle et sa tante croyaient devoir ajouter à la semonce paternelle, le remplissaient d'indignation, et il n'était pas fâché de pouvoir rejeter sur eux le ressentiment que lui inspirait l'injustice de son père. - mon père, dit-il d'une voix calme mais profonde et accentuée par l'émotion, mon enfance s'est écoulée loin de vous ; confié à des mains étrangères, je...


Citation n°5 de Benjamin CONSTANT (Le Cahier rouge : Ma vie (1767-1787))

...mon père, le blessait probablement de la mienne. Il l'attribuait à une insouciance très blâmable après une aussi inexcusable conduite : et ce que je prenais pour de l'indifférence était peut-être un ressentiment caché. Mais dans cette occasion comme dans mille autres de ma vie, j'étais arrêté par une timidité que je n'ai jamais pu vaincre, et mes paroles expiraient sur mes lèvres, dès que je ne me voyais...


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